L’article publié récemment par La Presse dresse un bilan alarmant de la hausse des surdoses au Québec. Face à ces indicateurs au rouge, l’AIDQ souhaite apporter des nuances essentielles : une crise humaine de cette ampleur ne se réglera jamais par des solutions temporaires ou « micro-ondes ».
Si nous voulons cesser de tourner dans la spirale, nous devons transformer radicalement notre approche en agissant sur les causes structurelles de cette crise.
« Si nous voulons réellement mettre fin à cette crise, il faut s'attaquer aux causes profondes des inégalités sociales et encadrer l’approvisionnement en drogues pour le rendre plus sécuritaire. »
— Sandhia Vadlamudy, Directrice générale de l'AIDQ
1. Un marché illicite hors de contrôle et des substances de plus en plus dangereuses
La crise actuelle est d'abord et avant tout alimentée par un marché illicite qui cherche le profit rapide, sans aucun égard pour le bien-être et la santé de la population. En l'absence d'un contrôle et d'une réglementation de l'approvisionnement par l'État, des substances extrêmement toxiques et imprévisibles envahissent nos communautés.
Nous assistons à l'apparition de contaminants redoutables comme le carfentanil ou la médétomidine (un sédatif puissant utilisé en médecine vétérinaire). L'arrivée de ces nouveaux produits change la donne sur le terrain : la naloxone, bien qu'essentielle contre les opioïdes, ne peut pas renverser les effets de sédatifs comme la médétomidine.
Lire notre article : La Naloxone : Un outil indispensable pour les premiers secours
De plus, comme le souligne si bien un personne intervenant de Tandem Mauricie, dans l'article de La Presse :
« Plus longtemps la drogue circule, plus elle va loin, moins elle va être de bonne qualité, et plus elle va être risquée. »
— Zachary Lavergne, intervenant de proximité chez Tandem Mauricie.
C’est en partie ce qui explique pourquoi les régions, situées au bout de la chaîne de distribution, sont aujourd'hui si durement frappées.
2. Des régions sous-équipées face à la distance et au manque de services
L'accès aux services est profondément inégalitaire sur notre territoire. En région, les personnes qui consomment font face à la distance géographique et à une pénurie criante de ressources.
Pour renverser la tendance, l'offre de soutien doit absolument se multiplier et se diversifier partout au Québec. Nous devons soutenir et financer :
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Le travail de rue, essentiel pour maintenir le lien;
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La création de sites de consommation supervisée (SCS) et de l'Accompagnement à distance en prévention des surdoses (ADPS);
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Des initiatives visant à rendre nos milieux de vie, ainsi que les services de santé et sociaux, plus accueillants et inclusifs.
Lettre ouverte : Protégeons les sites de consommation supervisée
3. Les surdoses non mortelles : des conséquences invisibles mais dévastatrices
Si les données des coroners se concentrent sur les décès, la réalité des surdoses non mortelles reste trop souvent invisible. Pourtant, survivre à une surdose ne signifie pas s'en sortir indemne.
Les surdoses répétées laissent des séquelles graves et permanentes : lésions cérébrales, problèmes pulmonaires et atteintes sévères à la santé mentale. Cette santé globale lourdement fragilisée réduit l'espérance de vie et peut mener, à terme, à une mort prématurée.
Ne mesurer la crise qu’au nombre de décès immédiats nous empêche de voir toute l'ampleur des besoins de soutien et de soins de santé requis pour accompagner ces personnes.
4. Briser la stigmatisation pour briser l'isolement
La stigmatisation et le jugement tuent. En région particulièrement, où la proximité communautaire est forte, la peur d'être jugé·e pousse les gens à se cacher pour consommer.
C'est cette consommation solitaire, invisible, qui s'avère la plus dangereuse : lorsqu'une surdose survient dans l'isolement, personne n'est là pour intervenir ou appeler les secours.
Plongez dans l’outil « Langage non stigmatisant » par la Maison Jean Lapointe
En conclusion : Agir sur les causes profondes
La pauvreté, l'absence d'approvisionnement sécuritaire, les inégalités sociales et le manque de ressources en dépendance sont les véritables moteurs de cette crise. L’AIDQ demande au gouvernement d'investir de manière stable et pérenne dans le réseau communautaire et d'adopter une stratégie nationale à long terme.
Pour aller plus loin :

