Le modèle québécois de légalisation du cannabis suscite un vif intérêt au-delà de nos frontières. Découvrez l'article rédigé par Benjamin Tubiana-Rey relatant l’entrevue de notre directrice générale, Sandhia Vadlamudy, accordée à la Fédération Addiction (France) afin de décrypter les enjeux, les succès et les limites de notre modèle de régulation.
Nous vous proposons ici les points saillants de cet échange transatlantique enrichissant, une lecture essentielle pour les intervenant·e·s et partenaires du milieu des dépendances.
Un modèle québécois sous le signe de la prudence
Au Québec, la commercialisation est l’affaire exclusive de la Société québécoise du cannabis (SQDC). Contrairement à d'autres provinces ayant opté pour des modèles privés ou hybrides, le Québec privilégie une approche de santé publique axée sur la sobriété.
Sandhia Vadlamudy explique ainsi cette spécificité lors de l'entretien :
« Au Québec, la société d’État a adopté une approche basée sur la discrétion : pas de marketing, pas de produits jugés attrayants pour les jeunes, pas de confiseries, pas de chocolat, pas de saveurs attirantes. Donc on a une approche très santé publique, avec plus de limitations. »
Cette stratégie de retenue a permis d'ouvrir un espace de dialogue. Notre directrice générale souligne que ce cadre a aidé à normaliser le discours de prévention : on est ainsi passé d’une logique de répression à une approche où l'on peut discuter de la substance de manière déstigmatisée, sans pour autant la banaliser.

Les limites d'un encadrement strict
Notre directrice a exposé à nos collègues français·es certaines incohérences qui nuisent à l'efficacité de l'encadrement :
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L'accès pour les 18-21 ans : En privant cette tranche d'âge d'un accès légal, on les maintient vers un marché illicite sans contrôle de qualité.
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La limite du taux de THC : Plafonné à 30 %, ce taux peut s'avérer insuffisant pour détourner les consommateur·rice·s réguliers du marché noir.
Un impact direct sur le travail des intervenant·e·s
La légalisation a profondément transformé la pratique clinique et communautaire. Pour les intervenant·e·s en dépendance, la fin de la prohibition a permis d'adopter un discours plus direct et transparent avec les personnes accompagnées.
Grâce à ce nouveau cadre, il est désormais possible de :
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Intégrer pleinement les approches de réduction des méfaits.
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Aborder la consommation sans le poids de la stigmatisation criminelle.
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Comparer objectivement les risques entre le cannabis et d'autres substances, comme l'alcool, de manière décomplexée.
L'objectif demeure d'accompagner les usager·ère·s sans banaliser la substance, en gardant en tête que « la consommation n’est pas sans risque ».

Conclusion : Des pistes pour une régulation plus protectrice
Bien que le modèle québécois ait fait ses preuves en matière de déstigmatisation, Sandhia Vadlamudy rappelle que d'importants chantiers restent ouverts. Qu’il s’agisse de l’accès pour les 18-21 ans, de la hausse de la consommation chez les femmes ou de l'encadrement nécessaire du vapotage, l’AIDQ continue de surveiller de près l'évolution des usages.
Curieux·se de découvrir l'intégralité de cet échange ?
Découvrez l’entretien complet sur le site de la Fédération Addiction
Pour aller plus loin :

