Interruptions de traitement : Un risque réel de rechutes et de surdoses, prévient l’AIDQ

Interruptions de traitement : Un risque réel de rechutes et de surdoses, prévient l’AIDQ

L’accès aux soins pour les personnes vivant avec une dépendance aux opioïdes subit actuellement des ratés inquiétants au sein de notre réseau de santé. Le premier rapport annuel de la commissaire nationale aux plaintes et à la qualité des services de Santé Québec, Martine Gosselin, met en lumière une problématique grave : le refus systématique d'administrer le Sublocade dans plusieurs CLSC de la province.

Découvrir le rapport complet de la Commissaire


Qu'est-ce qu'un dossier « systémique » ?

Dans son rapport, la commissaire classe l'accès au Sublocade comme l'un de ses trois dossiers systémiques prioritaires. Pour le bureau de la commissaire, un dossier devient systémique lorsqu'il :

« [...] dépasse le cas individuel pour révéler une problématique récurrente, transversale ou structurelle. Il met en lumière des défaillances organisationnelles, des incohérences dans les pratiques, ou des lacunes dans l’accès, la qualité ou la sécurité des services qui affectent plusieurs usagers, ou qui sont susceptibles de se reproduire si aucune mesure corrective n’est prise. » Source : Rapport de la commissaire nationale aux plaintes, page 18.

En d'autres termes, le refus du Sublocade n'est pas une erreur ponctuelle, mais le signe d'un dysfonctionnement structurel du réseau, touchant directement à l'équité et à la dignité des populations vulnérables.


Un traitement qui change des vies

Qu’est-ce que le Sublocade ?

Le Sublocade est un médicament de la famille des opioïdes (buprénorphine) utilisé pour traiter le trouble lié à l'utilisation d'opioïdes. Il s'agit d'un traitement de maintien qui vise à stabiliser l'état de santé en atténuant les symptômes de sevrage et en diminuant l'envie de consommer. (source : ESCODI)

Le Sublocade (buprénorphine en injection mensuelle) représente donc une avancée vers la stabilité. Contrairement aux thérapies quotidiennes, il libère les personnes usagères de la contrainte journalière de la médication.

C'est le cas de Barbara Rivard, qui a bénéficié de ce traitement pendant un an et demi après 25 ans de dépendance :

« Je n’avais plus ce rappel chaque jour que je devais prendre un médicament parce que j'avais "scrappé" ma vie avec la consommation. [Le Sublocade] me faisait me sentir normale. » Source : Le Devoir.


Des conséquences graves pour les usagers et usagères

Malgré des indications cliniques claires, huit CLSC (notamment à Montréal, en Montérégie, à Laval, en Mauricie et en Abitibi-Témiscamingue) ont été identifiés pour avoir refusé ce soin, invoquant souvent un manque de personnel formé ou des enjeux de logistique.

Ces ruptures de services forcent les patient·e·s à retourner vers des médications quotidiennes ou vers des pharmacies où l'acte d'injection n'est pas toujours couvert, engendrant des frais de poche inéquitables. Sandhia Vadlamudy, directrice générale de l’AIDQ, souligne que ces interruptions de traitement constituent les moments « les plus névralgiques pour des rechutes ou des surdoses ». Sans une continuité de soins assurée, les symptômes de manque réapparaissent, augmentant drastiquement les risques pour la santé.


Les recommandations de la commissaire

Face à ce constat, madame Gosselin exige des mesures immédiates :

  1. Obligation d'administration : Les CLSC doivent administrer le Sublocade à tout·e patient·e muni·e d’une prescription valide, peu importe son lieu de résidence.

  2. Soutien logistique : Clarifier les directives de réfrigération et de coordination avec les prescripteurs et prescriptrices.

  3. Formation et reddition de comptes : Assurer la formation du personnel et mettre en place un suivi rigoureux des refus.

Selon Sandhia Vadlamudy, il est aussi impératif de s'attaquer à la stigmatisation :

« La stigmatisation existe bel et bien et touche tous les traitements contre la dépendance aux opioïdes. Certains professionnels et certaines professionnelles de la santé restent mal à l’aise avec ces prescriptions. » Source : Le Devoir.

L'AIDQ continuera de plaider pour que la proximité des soins devienne une réalité concrète et que le droit à la santé soit respecté sans barrière administrative.


En résumé

Le rapport de la commissaire nationale identifie le refus du Sublocade en CLSC comme une défaillance structurelle grave. Ces obstacles augmentent les risques de rechute pour les personnes en parcours de rétablissement. Sandhia Vadlamudy (AIDQ) et Barbara Rivard appellent à une harmonisation immédiate des pratiques pour garantir la sécurité et la dignité de tous et toutes.

Lire le rapport complet de la Commissaire

Lire l'article dans Le Devoir

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